La question du mois : Novembre
La passion est évidemment nécessaire, et la question est de savoir comment raviver cette passion. Qu'il n'y ait pas de malentendu entre nous. J'entends par passion la passion dans tous les sens du terme, et pas seulement la passion sexuelle, qui est bien peu de chose. Et nous nous en contentons, dans la plupart des cas, parce que toutes nos autres passions ont été anéanties -- au bureau, à l'usine, sous le poids des contraintes du travail, de la routine, de l'apprentissage des techniques --, il ne reste donc plus la moindre passion ; il n'y a plus aucun sentiment créatif d'urgence, de délivrance. La sexualité prend donc pour nous de l'importance, et nous nous perdons dans une passion mesquine qui pose d'énormes problèmes aux esprits étroits, aux esprits vertueux ; ou bien la sexualité se transforme en habitude, et meurt. J'emploie le mot passion pour désigner une chose globale. L'homme passionné, mû par des sentiments forts, ne se contente pas d'une quelconque petite activité professionnelle -- qu'il s'agisse de celle de Premier ministre, ou de cuisinier, ou que sais-je encore. L'esprit qui est passionné explore, cherche, regarde, demande, exige, il ne se contente pas, face à son insatisfaction, de trouver un objet lui permettant de la combler, pour s'endormir ensuite. L'esprit passionné avance à tâtons, cherche, franchit les obstacles, sans se plier à aucune tradition ; ce n'est pas un esprit figé, un esprit qui a atteint le but, mais c'est un esprit jeune, qui n'en finit jamais d'arriver.
Extrait du livre "Le Livre de la Méditation et de la Vie " de Krishnamurti,
" 27 avril, Esprit passionné, esprit qui explore "
Copyright Krishnamurti Foundation of America.
(Traduit de l'anglais par Colette Joyeux, éd. Stock)
Le singe dans l'arbre a faim, puis lui vient le désir de cueillir un fruit ou une noix. L'action vient d'abord, puis l'idée que l'on aurait intérêt à stocker la nourriture. Ou pour exprimer les choses différemment : qu'est-ce qui vient en premier, l'action, ou celui qui exécute l'action ? Sans l'action, y a-t-il un "acteur" ? Comprenez-vous ? C'est cela que nous nous demandons toujours : qui est-ce qui voit ? Qui est l'observateur ? Le penseur est-il distinct de ses pensées, l'observateur distinct de ce qu'il observe, le sujet de l'expérience distinct de l'expérience, celui qui agit distinct de l'action ? ... Mais si vous examinez réellement le processus, très attentivement, de près, et intelligemment, vous verrez qu'il y a toujours d'abord l'action, et que cette action, qui a une fin en vue, crée l'"acteur". Est-ce que vous suivez ? Si l'action a un objectif en vue, la réalisation de cet objectif engendre l'"acteur". Si vous pensez très clairement et sans préjugés, sans conformisme, sans essayer de convaincre qui que ce soit, sans objectif en vue, en cet acte même de penser, le penseur est absent -- il n'y a que l'acte de penser. Ce n'est que lorsque vous visez, en pensant, à la réalisation d'un but, que vous devenez important, et non la pensée. Certains d'entre vous ont peut-être remarqué cela. C'est en réalité une chose importante à découvrir, parce que, de là, nous saurons comment agir. Si le penseur précède la pensée, alors il est plus important que la pensée ; or, toutes les philosophies, les coutumes et les activités de notre civilisation actuelle sont fondées sur ce postulat ; mais si c'est la pensée qui vient en premier, alors la pensée est plus importante que le penseur.
Extrait du livre "Le Livre de la Méditation et de la Vie " de Krishnamurti,
" 13 septembre, La pensée sans le penseur "
Copyright Krishnamurti Foundation of America.
(Traduit de l'anglais par Colette Joyeux, éd. Stock)
Si vous trouvez difficile d'être conscient des choses, alors faites l'expérience de noter chaque pensée, chaque sentiment qui naît en vous tout au long de la journée ; notez vos réactions de jalousie, d'envie, de vanité, de sensualité, les intentions cachées derrière les mots, et ainsi de suite.
Prenez le temps de les noter avant le petit déjeuner -- ce qui suppose, éventuellement, de vous coucher plus tôt et de renoncer à certaines de vos activités sociales. Si vous notez ces choses chaque fois que vous pouvez, et que le soir, avant de dormir, vous relisez les notes de la journée, en étudiant les faits, en les examinant sans jugement ni condamnation, vous commencerez à découvrir les racines cachées de vos pensées, de vos sentiments, de vos désirs, de vos paroles...
L'important dans tout cela est d'étudier, à la lumière d'une intelligence libre, tout ce que vous avez noté, et c'est en étudiant ce contenu que vous prendrez conscience de votre propre état. Dans cette flamme de la conscience de soi, de la connaissance de soi, les raisons des conflits se révèlent et se consument. Il faut noter vos pensées et vos sentiments, vos intentions et vos réactions, non seulement une ou deux fois, mais en continu, sur une très longue période, jusqu'à ce que votre prise de conscience devienne instantanée...
La méditation, c'est non seulement la conscience de soi permanente, mais aussi l'abandon permanent de l'ego. La méditation naît de la pensée juste, d'où découle à son tour la tranquillité de la sagesse ; et c'est dans cette sérénité qu'est enfin perçue la réalité suprême.
Le fait de noter ce que l'on pense et ressent, ses désirs, ses réactions, fait éclore une conscience intérieure, donne lieu à une coopération entre conscient et inconscient, et tout cela devient à son tour un facteur d'intégration et de compréhension.
Extrait du livre "Le Livre de la Méditation et de la Vie " de Krishnamurti,
" 25 décembre, Allumer la flamme de la conscience de soi "
Copyright Krishnamurti Foundation of America.
(Traduit de l'anglais par Colette Joyeux, éd. Stock)
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